Vue d'ensembleL'objectif de la PFP : dépenser... ou donner!

Chacun évolue à son rythme dans la vie. Les préoccupations, les valeurs et les besoins varient d’une personne à l’autre. Règle générale, les thèmes traités dans la figure à hexagones, concernent la plupart des personnes puisqu’ils s’adaptent à chacune.

La façon d’aborder ces thèmes variera selon l’ampleur du patrimoine de la personne concernée. Voici la distinction entre deux types d’objectifs plus globaux qui reflètent l’étape où est rendu le client.

  • Objectif lié au revenu de retraite : cet objectif concerne les personnes qui n’ont pas atteint (ou ne prévoient pas atteindre) une autonomie financière au point de vouloir léguer des sommes à des héritiers. Elles se préoccupent de pouvoir maintenir leurs revenus jusqu’au décès après avoir atteint l’âge de la retraite. Cet objectif concerne donc la majorité des personnes, même celles ayant de bons revenus.
  • Objectif de maximisation de la valeur successorale : cet objectif concerne les personnes ont déjà accumulé des sommes supérieures à leurs besoins personnels, ou qui comptent le faire. Il est clair pour elles que des sommes seront léguées aux héritiers. Cette étape est atteinte par un nombre moins important de personnes.

Quelques-uns des thèmes de la figure à hexagones sont moins importants pour les gens du deuxième groupe (par exemple, la gestion budgétaire). D’autres toutefois, telles la planification fiscale et successorale, ainsi que les assurances ou la gestion d’une entreprise, sont cruciales. Pour les personnes du premier groupe, la plupart des thèmes de la figure peuvent devenir importants à un moment ou l’autre de leur vie.

Objectif de la PFP : dépenser!

L’objectif principal de la PFP est de maintenir, jusqu’au décès, un train de vie qu’on estime satisfaisant. Et qui parle de train de vie parle de dépenses.

Autrement dit, le but consiste à pouvoir dépenser toute sa vie! Bon nombre confondent le but et les moyens. Pour pouvoir dépenser jusqu’à son décès, il faut épargner durant sa vie active. L’épargne est donc un moyen et non un but (sauf pour ceux qui tiennent à léguer un héritage important).

Pour être en mesure de dépenser toute sa vie, il faut gérer les risques qui pourraient empêcher la réalisation de cet objectif :

  • le risque budgétaire à court terme;
  • le risque de manquer d’argent à la retraite;
  • le risque d’avoir une malchance (décès, maladie, accident).

Ces risques sont pertinents dans la mesure où le client se situe parmi les personnes qui n’ont pas encore atteint l’objectif de maximiser la valeur successorale (le groupe 1 de la section précédente).

Le risque budgétaire à court terme

Avant d’envisager l’épargne pour la retraite ou l’achat des garanties d’assurance haut de gamme, il faut évidemment stabiliser la situation financière à court terme, pour couvrir les besoins personnels essentiels : se loger convenablement, nourrir, vêtir et soigner toute la famille, régler certaines dettes, acquérir la formation qui mènera à exercer un travail conforme à ses capacités et à ses valeurs, etc. Cette étape est prioritaire, particulièrement au début de la vie active, et parfois après une malchance. Même à cette étape, un minimum d’assurances est requis pour éviter les incidences malheureuses tout le reste de sa vie (assurance habitation, auto et responsabilité civile, un minimum d’assurance vie et invalidité, etc.). La création d’un fonds d’urgence afin de pourvoir à certains imprévus (maladie, perte d’emploi, dépenses inhabituelles, etc.) est aussi une préoccupation.

Le risque de manquer d’argent à la retraite

La figure « Objectif : dépenser », illustre le processus articulé autour de trois moments importants : aujourd’hui, le moment prévu pour la retraite (ou le ralentissement des activités) et le décès. La figure met en évidence deux grandes périodes : la vie professionnelle active (entre aujourd’hui et la retraite) et la retraite (entre le début de la retraite et le décès).

Durant la vie active, une partie des revenus totaux alimente le train de vie et l’autre partie est épargnée en vue de la retraite. La partie consacrée au train de vie varie dans le temps, mais elle tend à diminuer au moment du départ des enfants ou de l’extinction du prêt hypothécaire. Même si tout n’est pas aussi linéaire dans la réalité, c’est le grand principe qu’il faut retenir.

Puisque le but est de dépenser jusqu’au décès, il faut s’assurer d’accumuler un capital suffisant pour la retraite. Ce capital peut prendre différentes formes (placements en valeurs mobilières dans un REER, hors REER ou dans une compagnie, placements immobiliers, valeur de revente d’une entreprise personnelle, etc.). À ce capital s’ajoutent les revenus garantis par l’État ou par l’employeur (rente de la RRQ, pension de vieillesse du Canada, rente de retraite de l’employeur). Il peut être pertinent de tenir compte d’un éventuel héritage dans certains cas.

Pour gérer ce risque, il faut planifier la retraite, c’est-à-dire déterminer l'épargne annuelle nécessaire pour atteindre les objectifs de retraite. La réflexion portera ainsi sur les aspects prépondérants que sont le train de vie souhaité à long terme et l’âge espéré de la retraite. Ce sont les deux variables qui ont le plus d’influence.

Si on garde à l’esprit que l’objectif est de dépenser (tout de suite ou plus tard), une attitude beaucoup plus positive se développe envers l’épargne. On n’a plus l’impression qu’il s’agit de sommes à jamais disparues, qui ne serviront peut-être que lorsqu’on sera âgé ou malade. Pour tout dollar disponible, on a le choix de :

  • le dépenser tout de suite;
  • de l’épargner dans le but de dépenser 3 $ plus tard (grâce au rendement gagné, net d’inflation et d’impôt).

Finalement, même s'il est question ici de planification de retraite et de stratégies de placements, il ne faut pas oublier que tous les autres aspects de nos finances personnelles qui servent à économiser de l’argent ou à profiter d’avantages financiers permettent soit d’augmenter le train de vie, soit de faciliter l’épargne pour atteindre les objectifs de retraite. Les principaux aspects qui y contribuent sont : la planification fiscale, la gestion des dettes, la gestion des biens personnels importants, les REEE, la gestion des entreprises personnelles, la gestion de la relation avec son employeur, etc.

Le risque d’avoir une malchance

Le plan de retraite sera mis en oeuvre pourvu qu’on y arrive en santé et qu’on puisse obtenir une compensation monétaire pour notre compétence en regard du travail accompli durant notre vie active. Il y a toutefois un risque d’avoir une malchance d’ici-là.

Le pire risque à craindre est l’invalidité causée par une maladie ou un accident. Notre propre décès est un risque financier... pour les autres. La méthode la plus efficace de gérer les risques consiste à souscrire une police d’assurance.

L’assurance vie protège les personnes à charge. Le but est toujours le même : s’assurer de maintenir leur train de vie advenant le décès de l’assuré. Pour les gens du deuxième groupe, l'assurance vie peut aussi jouer un rôle lié davantage à la question des placements à l’intérieur d’une planification successorale. C'est un vaste sujet que nous sommes en mesure de traiter en détail. Selon le profil du client, l'assurance vie a donc un rôle de protection ou de placement.

L’assurance invalidité permet de maintenir le train de vie (le nôtre et celui des proches) en cas de maladie ou d’accident grâce à la prestation mensuelle qu’elle génère. Même si c’est le risque principal qui nous guette, il est le plus sous-estimé et le plus négligé. Calculer les revenus que l’on gagnera jusqu’à l’âge de 65 ans est un exercice intéressant. Il est question de sommes de l’ordre de deux à trois millions de dollars. C’est ce qu’on risque de perdre en cas d’invalidité. Jusqu’à la retraite, l’invalidité est plus probable que le décès et les sommes en jeu sont de loin supérieures. Pas étonnant que les polices de qualité coûtent plus que l’assurance vie.

La police d’assurance en cas de maladie grave est un complément à l’assurance invalidité. Si cette dernière doit couvrir les dépenses régulières jusqu’à 65 ans, la prestation de l’assurance maladies graves est un montant unique et non imposable (par exemple, 100 000 $ ou 200 000 $) afin de pourvoir à des besoins exceptionnels : soins à l’étranger, congé sans solde pour le conjoint, services d’une infirmière à la maison, liquidation de certaines dettes, achat de matériel et d’installations spéciales pour la résidence ou la voiture. La question des soins de longue durée concerne les personnes un peu plus âgées qui veulent protéger leur train de vie en cas de perte d’autonomie.

Le reste? On le dépense...

Une fois que ces trois risques sont relativement maîtrisés, on peut dépenser le reste de l’argent.

  • Les biens durables (voiture, maison, chalet) : il faut chercher à optimiser l’achat, l’entretien et le financement de ces biens. Le conseiller financier peut aider.
  • Les dépenses courantes : c’est un choix personnel, sur lequel le conseiller financier a peu d’emprise : en effet, il n’a pas à conseiller sur les choix personnels de consommation courante ou sur les sorties. Chacun oriente ses dépenses afin de réaliser les objectifs qui lui permettent de mieux s’épanouir. L’utilisation d’une forme plus ou moins élaborée de budget pourrait ici être utile.

Si quelqu’un décide de ne pas dépenser tout l’argent disponible après avoir géré les trois risques, cela signifie :

  • qu’il fait partie maintenant du deuxième groupe de personnes : celles qui tiennent à augmenter leur valeur successorale.
  • qu’il souhaite avoir un train de vie plus élevé à la retraite que durant sa vie active. Tout à fait juste aux yeux de certains, cet objectif apparaîtra douteux pour bon nombre.
  • qu’il souhaite faire un don à un organisme de bienfaisance.
  • qu’il économise dans le but de consommer un bien ou un service plus tard (chalet, voyage, année sabbatique, etc.). Dans ce cas, il s’agit d’une stratégie à mettre dans la catégorie « le reste, on le dépense », sauf que la dépense est reportée.

Un juste équilibre

L’agencement des stratégies et le juste équilibre entre les risques et les objectifs exigent l’aide d’un spécialiste. Les considérations entrecroisées sont en effet trop nombreuses pour le profane : le concept général est simple, mais l’application concrète demande réflexion. Voici certains aspects à considérer :

  • Plus on consomme maintenant, moins on peut épargner pour l’avenir. La retraite devra être retardée ou elle sera moins confortable.
  • Plus on consomme, moins il reste de ressources pour la protection contre les malchances.
  • Plus on épargne, plus la retraite peut être anticipée ou plus elle sera confortable. Par contre, cette attitude peut entraîner de grandes frustrations pour vous et votre famille, sans parler de la possibilité d’un décès avant la retraite. Encore ici, c’est l’équilibre qu’il faut chercher.
  • Si le budget est serré, il faut parfois des compromis douloureux entre ce qui peut être dépensé pour le train de vie, ce qui est économisé pour la retraite et la partie réservée à la protection contre les malchances. On ne veut pas se mutiler à court terme, mais on garde en tête les risques comme l’invalidité, entre autres. On sait aussi qu’on ne tient pas à travailler jusqu’à 70 ans. Beaux cas pratiques!
  • Certains dossiers sont simples et la planification de la retraite est aisée en raison des possibilités de revenus importants. Mais il arrive que les personnes dans cette situation prennent des risques énormes en ce qui a trait à la gestion des malchances (assurances). Ce comportement est très téméraire, compte tenu du coût somme toute négligeable des protections d’assurance par rapport au potentiel de perte en cas de malchance. En exagérant un peu, disons que pour eux, le fait de s’assurer convenablement pourrait retarder la retraite de deux mois! Pas la peine de s’en passer!
  • À l’inverse, certaines personnes exagèrent sur le plan de la gestion des risques en souscrivant trop d’assurances (en particulier l’assurance vie). Il est peu utile d’être surassuré, à moins d’aimer les loteries! Il faut chercher à couvrir convenablement les risques et non pas à être plus riche advenant une malchance. Il est rare toutefois que des clients exagèrent sur le plan de l’assurance invalidité, qui est pourtant le secteur le plus névralgique de la planification financière des personnes qui n’ont pas atteint l’autonomie financière. Il ne faut pas confondre ici les deux types d’utilisation de l'assurance vie, la première consistant à couvrir un besoin réel de protection, et la deuxième, à utiliser l'assurance vie à titre de placement dans le contexte des gens du deuxième groupe ayant un objectif successoral. Sans avoir un « besoin » d’assurance vie, ce dernier groupe souscrit une assurance parce qu’il est rentable de le faire sur les plans financier et fiscal.
  • Et bien entendu, il y a tous ceux qui affichent une insouciance totale à l’égard de l’avenir. Même s’il est vrai qu’on peut mourir demain et que rien n’aura servi d’épargner, les chiffres le prouvent : notre espérance de vie est assez longue, et il n’est donc pas exagéré de prévoir pour plusieurs années le maintien d’un train de vie sans l’obligation de faire un travail rémunéré.
  • Les dépenses liées au train de vie n’apportent pas forcément du plaisir : le paiement des taxes, de l’électricité ou de l’essence ne compte pas particulièrement au nombre des petits et grands plaisirs de la vie. Ce sont surtout les dépenses liées aux loisirs que l’on cherche à maintenir tout au long de sa vie, tout en ayant les moyens financiers de défrayer les autres « maux nécessaires ». Ainsi, même s’il faut épargner pour la retraite, cela ne signifie pas que cette épargne doive absolument être uniforme d’une année à l’autre. On peut prendre une pause lorsque surgissent d’autres priorités personnelles et se rattraper plus tard. Il faut simplement intégrer le tout à une stratégie à long terme bien pensée.

Le processus de la PFP doit être intégré. Il requiert les services d’une personne capable d’avoir une vue d’ensemble et de comprendre tous les liens entre les éléments de la figure à hexagones.